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La
France est un pays qui conserve au frais.
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Lettre d’André
Chouraqui et Michel Bony à Monsieur jacques
Chirac, président de
la République française. Lettre restée
sans réponse à ce jour, le 20 décembre
2003.
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Monsieur Jacques CHIRAC,
Président de la République française.
Palais de l’Élysée
55, rue du faubourg Saint-Honoré
75 008 - Paris
Paris le 26 août 2003. |
Monsieur le Président,
En 1998, à l’occasion de la parution
du livre : « il n’y a que toi et les
oiseaux », Monsieur André Chouraqui
m’adressa une lettre qui, du reste, figure
dans cet ouvrage. L’histoire relatée
par un récit et des photographies lui semblait
posséder, en soit, le principe même
de l’Amour tel que le définissait,
Bahya Ibn Paquda, un théologien juif du XI
e siècle.
En 1999, j’organisais une rencontre et des
entretiens entre le Professeur Théodore Monod
et l’abbé Pierre, sur des sujets tels
que l’exclusion, le danger du nucléaire,
l’hypocrisie de certains gouvernements, la
foi et l’Espérance. C’est à
cette occasion que ces deux hommes vous avaient
adressé, le 21 juin 1999, une lettre, afin
que soit, enfin,
adopté un hymne fraternel en substitution
de l’hymne national Français dont le
refrain admet qu’il existe sur terre un «
sang impur », dont il importe d’«
abreuver » au plus vite « nos sillons
».
Aujourd’hui 26 août 2003, André
Chouraqui et moi, vous adressons cette lettre qui,
nous le souhaitons vivement, recueillera toute votre
attention. Comment un pays tel que la France qui
s’inscrit au rang des pays civilisés
a-t-il pu voir mourir avec des secours si tardif,
plus de 10 000 personnes des effets d’une
canicule, autrement dit, de soif ?
Une telle catastrophe, outre la polémique
qu’elle suscite, n’est-elle pas significative
de l’individualisme qui imprègne notre
société à l’égard
des « oubliés » ? Qui sont ces
« oubliés » ? Une fois de plus,
les vieux, les handicapés, les sans domicile
fixe, les malades. Toutes ces personnes sont-elles
quantité négligeable puisque si peu
assistées par l’État et les
priorités que celui-ci se fixe ?
Cette catastrophe place l’État et le
peuple français face à leur propre
devoir. Ce devoir ne consiste-t-il pas, pour l’État,
à ne pas laisser réduire un budget
qui devrait permettre l’embauche d’un
nouveau personnel soignant ? Pour le peuple français,
c’est à dire pour chacun d’entre
nous, notre devoir n’est-il pas de nous soucier
des personnes fragiles qui sont, à part entière,
des citoyennes et des citoyens qu’il est crucial
d’aider ?
Que ferons-nous avec notre conscience si, lors d’une
prochaine canicule, ce ne sont plus, plus de 10
000 personnes , mais 30 000 personnes qui meurent
? À ce propos, est-il décent
pour les victimes et leur famille que, sous le choc
de l’urgence, personne ne se soit donné
la peine de recouvrir d’un tissu l’enseigne
qui se trouve au sommet du bâtiment de Rungis
qui fait office de morgue ? Cette enseigne, comme
l’atteste la photographie que nous vous joignons
en annexe, propose par l’intermédiaire
d’une adresse Internet la « vente en
ligne » de « produits frais ».
Monsieur le Président, nous vous écrivons
cette lettre, André Chouraqui et moi-même,
de 40 ans son cadet, car le même sentiment
nous habite, celui d’une honte. La honte d’être
solidaire d’un pays qui laisse, ainsi, mourir
plus de 10 000 personnes.
C’est avec une immense douleur que nous nous
adressons à vous, Monsieur le Président,
persuadés que rien et surtout pas l’abandon
des êtres humains ne doit offrir ce spectacle
de désolation, d’actualité ces
derniers jours.
Soyez remercié de votre attention et veuillez
recevoir nos déférentes et respectueuses
salutations, en même temps que notre espoir
d’être entendus. |
| André Chouraqui |
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Michel Bony |
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