Il existe des paroles barbares et racistes.

Michel BONY est à l’initiative de la lettre qui suit
Lettre ouverte à M. Jacques Chirac, président de la République française


Paris, le 21 juin 1999.
Monsieur le Président,

Au cours de récents et fraternels entretiens, nous avons constaté combien se rencontrent nos pensées sur un point regrettable, pour ne pas dire scandaleux : qu'un pays qui se prétend pacifique maintienne dans son hymne national un refrain admettant qu'il existe sur terre un « sang impur », dont il importe d'« abreuver » au plus vite « nos sillons ».

L'affirmation qu'il existerait un sang impur, exprimée dans la Marseillaise, n'est-elle pas un délit d'incitation au racisme tel que le condamnent nos lois récentes ? Il nous semble qu'enseigner pareille notion à des enfants se révèle contraire aux idéaux que la France, pays des droits de l'homme, souhaite transmettre au monde. Le peuple français acceptera-t-il encore de voir, à l'inauguration de jeux olympiques d'hiver, un président de la République conduire par la main une innocente fillette, déclamant le célèbre texte inculqué dés l'école, faisant allusion au sang impur ?

Ne serait-il pas souhaitable d'adopter enfin un hymne fraternel, et que ce nouveau millénaire voit les prémices d'un véritable changement ? Il ne s'agit que de substituer à des mots infâmes des mots de paix et de maintenir la musique, universellement connue, sans qu'elle reste porteuse de paroles coupables. De nombreux textes pacifiques ont été proposés, les exemples ne manquent pas ! En 1841, Lamartine luimême avait déjà écrit un hymne de la Paix, dont nous vous joignons 3 strophes en annexe. Il ne serait certainement pas inutile de faire savoir à la France, si cette heureuse décision était prise sous votre autorité, que nombreux sont les pays dont l'hymne national a été modifié selon les évolutions de situation ou de pensée.

C'est avec la plus grande confiance que nous nous adressons à vous, Monsieur le Président, persuadés que cette démarche permettra enfin à l'homme de s'hominiser, un souhait salvateur que nous-mêmes et bien d'autres hommes désirons voir se réaliser.

Soyez remercié de votre attention, et veuillez recevoir nos déférentes et respectueuses salutations, en même temps que notre espoir d'être entendus.

Abbé Pierre
Fondateur du mouvement Emmaüs
  Théodore Monod
Membre de l'institut
Professeur honoraire au Muséum