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LIBÉRATION
18 Août 1998
Dans la rubrique « Aujourd’hui »
Yvonne, Forever |
Au
début des années 80, Michel Bony, qui suit
alors des cours de théâtre, s’installe dans
une toute petite chambre mansardée, rue de
la Fontaine-au-Roi à Paris, qu’un ami anglais
vient de libérer. Ce dernier lui recommande
de prendre soin de la voisine de palier, Yvonne
Chevé, âgée de 92 ans. De cette proximité
naîtra une complicité entre cette ancienne
couturière de théâtre, frappée très jeune
par le décès tragique de ses proches, et ce
jeune comédien (il jouera notamment avec Giorgio
Strehler et Michel Didym), engagé par ailleurs
dans l’aide aux déshérités. Pendant une décennie,
Yvonne et Michel vont apprendre à se connaître,
et à s’apprécier, s’échangeant des petits
mots sous la porte de leur humble logis (elle
vit là sans eau ni électricité depuis quarante
ans). Même après son déménagement , il continue
de s’occuper de cette centenaire, allant jusqu’à
l’héberger plusieurs fois chez lui avec son
amie. Durant cette période, Michel Bony n’a
de cesse de l’immortaliser dans des portraits
photographiques émouvants et sensibles. Mais
elle sait lui exprimer sa tendresse en retour
: « Il n’y a que toi et les oiseaux… », aimait-elle
lui répéter. Cet aveu poétique donne le titre
à l’exposition des quarante-quatre photos
d’Yvonne présentées l’année dernière à la
galerie Contrejour (Paris) et actuellement
visibles à Saint-Rémy de Provence. Yvonne,
grand-mère d’adoption disparue à la fin de
1990 à l’âge de 101 ans, fut ainsi aimée sincèrement
jusqu’à son dernier souffle. |
| P.G. |
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LE
PARISIEN
14 avril 1998
Dans la rubrique « Le livre du jour »
Une si belle vieille dame
« Il n’y a que toi et les oiseaux… » ****
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C’est l’histoire,
comme on n’en imagine plus de nos jours, d’une
amitié de dix ans entre un jeune homme, Michel
bony, comédien, photographe, et une très vieille
dame, Yvonne Chevé. Yvonne et Michel se sont
rencontrés sous les toits en 1980. apprenti
comédien, il occupait faubourg-du-Temple une
chambre mansardée. Elle vivait seule sur le
même palier, depuis 1938, dans une chambre
de 6 mètres carrés, sans eau ni électricité.
Ils ont fait connaissance remeublés le silence.
Il lui confiait ses incertitudes, elle lui
lisait ses poèmes. Elle lui disait « Il n’y
a que toi et les oiseaux… ».
Quelques années plus tard, Michel a emménagé
avec sa compagne Mathilde dans un appartement
plus grand. Ils ont pris la vieille dame sous
leur aile et jusqu’à sa mort, l’année de ses
cent ans, Michel a photographié Yvonne « qui
ne revenait jamais en arrière au point de
n’avoir conservé aucune photo d’elle ». cela
donne ce livre de toute beauté et de toutes
tendresse, plein de malice et de sagesse,
où rarement photographe n’a su si bien caressé
le visage de l’âge. Et de l’âme.
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Ed.
Ramsay, 84 pages, 50 photographie
Préface de l’Abbé Pierre |
Pierre
Vavasseur |
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LE
PARISIEN
17 juin 1997
Expo : « Il n’y a que toi et les oiseaux…
»
Pour l’Amour d’Yvonne |
C’est l’histoire
d’un amour. Lorsque Michel a rencontré Yvonne,
il avait vingt-deux ans et elle quatre-vingt
douze. Inscrit dans un cours de théâtre, il
avait besoin d’une chambre. Un copain, anglais,
quittait justement la sienne, sous les toits
de la rue de la Fontaine-au-Roi. Banco ! La
seule chose que demandait l’insulaire sur
le départ, c’était un peu d’attention pour
une voisine qu’il aimait bien, Yvonne. Elle
vivait aussi au dernier étage, sans eau ni
électricité. Elle était distante, au début,
et Michel la suivait discrètement du coin
de l’oeil lorsqu’elle sortait pour prendre
l’eau sur le palier : il avait promis. Puis
un jour, elle l’a invité à prendre le thé.
Peu à peu, c’est devenu un rite : Yvonne servait
un thé très sucré, pile à la bonne heure –
jeune fille, elle avait été placée en Angleterre
– et Michel venait lui dire son spleen. C’est
elle qui l’encourageait. Elle lui récitait
des vers (elle adorait le théâtre), lui disait
que rien n’est grave. Peu à peu, il a appris
des bribes e sa vie : l’enfance aux Batignolles,
le père écrasé par un tramway, la mère morte
d’une appendicite, le frère revenu gazé de
la guerre de 14. a la mort e celui-ci, elle
a connu des problèmes financiers et est partie
vivre dans le « faubourg ».
A soixante-dix ans passés, Yvonne Chevé était
encore couturière. A quatre-vingt-quinze ans,
avec son sens de la répartie, son jugement
aigu, son humour, elle séduisait le jeune
Michel Bony au point que rien ne comptait
plus qu’elle. Il s’est mis à la prendre en
photo, comme on fait des portraits quand on
aime. Elle l’a aidé a aiguiser son beau talent
de photographe. Il l’a suivie dans les galères
quand elle a dû être hospitalisée.
Lorsqu’il s’est installé avec une jeune femme,
ils ont fait tout naturellement une place
à Yvonne. Un jour sans doute, le glissement
s’est fait tout seul. Michel est devenu le
petit-fils de cette femme qu’il fallait désormais
changer et laver, qu’il fallait comprendre
quand elle disait des mots sans suite. Elle
avait dépassé cent ans. Ils ont ainsi vécu
dix ans l’un après l’autre.
Après la mort d’Yvonne, Michel Bony a fait
un film sur une mission humanitaire qu’il
avait effectuée en Afrique. Il y a introduit
des portraits d’elle, dans le rôle de la grand-mère
du narrateur. Maintenant, sur les conseils
de la photographe Denise Colomb, il a décidé
d’exposer ces photos, peut-être d’en faire
un livre. Pour que le sourire d’Yvonne illumine
d’autres vies. |
Espace
Contrejour, 96, rue Daguerre, XIVème.
Tous les jours, de 10heuresà 19h30 jusqu’au
22 juin. |
Elisabeth
Santacreu |
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OUEST
FRANCE
22 Août 1998
« Il n’y a que toi et les oiseaux… » disait
Yvonne à Michel |
« Il n’y a que
toi et les oiseaux… ». C’est le titre d’un
ouvrage de Michel Bony qui, par l’image et
par le texte, raconte Yvonne, disparue à 101
ans, dont l’auteur, alors jeune comédien,
fut le voisin privilégié. Une bouleversante
histoire d’écoute, de respect et de partage.
Une rare histoire d’amitié. «
Cette femme, sur ces photos, c’est Yvonne,
ou plutôt c’était Yvonne…Yvonne que je n’aurais
jamais rencontrée si, la bonne aubaine, on
m’avait proposé, dans les années 80, une superbe
chambre mansardée de 8m_ avec vue sur la cour
et toilettes sur le palier, dans le Faubourg-du-Temple
à Paris. J’allais et venais de chez moi à
mes cours de théâtre, au cirque où je gagnais
ma vie en présentant le spectacle, et je vivais
une vie de jeune homme de 22 ans. »
« Elle, Yvonne, avec ses 92 ans, passait le
plus clair de son temps dans sa chambre à
lire, à écrire, à écouter la radio, à préparer
ses repas, mais surtout à rêver et à réciter,
pour la beauté du texte et pour continuer
à exercer sa mémoire, une tirade de Corneille,
un poème de Rimbaud, si ce n’était une prière
au bon Dieu. Car, toute croyante qu’elle était,
elle avait depuis longtemps considéré que
la maison de Dieu se trouve dans le coeur
des hommes. »
Celui qui parle, c’est Michel Bony,
39 ans, toujours comédien (il a notamment
joué sous la direction de Giorgio Strehler,
André Engel, Michel Dydim), mais aussi cinéaste
occasionnel et photographe. Yvonne est morte
en 1990 à l’âge de 101 ans, mais c’est incroyablement
vivante qu’elle apparaît dans le livre que
lui consacre son ancien voisin, devenu l’ami
précieux auquel elle aimait répéter : «
Il n’y a que toi et les oiseaux… »
Un livre de portraits en noir et blanc qui
disent les rides, les cheveux blancs, l’usure,
mais aussi la grandeur et l’humour d’une vieille
dame très digne.
Ces clichés, Michel Bony les a engrangés tout
au long d’une indéfectible complicité de dix
ans. Comme un moyen de partager et un simple
souvenir, tout d’abord. Jusqu’au jour où,
en montrant ses images à des proches, il s’est
rendu compte qu’elles étaient le plus cinglant
démenti à un de Gaulle ( « La vieillesse
est un naufrage » ) à un Mauriac
( « Il n’y a pas de beaux vieillard ») et
à tous ceux qui s’apitoient, s’apeurent ou
détournent la tête devant les tro anciens,
renvoyés en solitaires à leur déclin. L’Abbé
Pierre, une autre tête chenue, qui préface
l’ouvrage, ne dit pas autre chose lorsqu’il
écrit : « Là où d’autres n’auraient
vu que voisinage de hasard, se satisfaisant
de hâtifs saluts, Michel Bony a su se laisser
prendre par ce qu’il faut bien appeler : aimer.»
Cette belle et singulière histoire d’amour,
l’auteur la conte par le menu dans son ouvrage,
en contrepoint des photos. Avec une tendresse
et une pudeur qui donnent à rêver entre les
lignes. Avec, bien sûr, des anecdotes qui
laissent entrevoir « tout un passé
plié, enveloppé » de papiers et de
boîtes, qu’Yvonne conservait sur une étagère
bancale, au-dessus de son lit : l’enfance
marquée par les disparitions successives de
la mère, à la suite d’une opération de l’appendicite,
du père, fauché par un tramway, du frère,
les poumons rongés par les gaz de la guerre
14-18 ; le métier de couturière sur mesure
(elle fabriquait plus de cents modèles par
an) qu’elle exerçait jusqu’à son installation,
en 1938, dans le réduit qu’elle occupait seule
depuis lors. « Il ne nous
suffisait plus de parler. Nous allons jusqu’à
faire circuler un cahier de porte à porte
sur lequel des écrits sur la mort, sur l’Amour,
sur l’humilité, venaient s’intercaler entre
les articles de journaux et les recettes de
cuisines », se souvient Michel Bony,
qui, avoue avoir été changé en profondeur
par cette rencontre : « Yvonne avait
un appétit de vie incroyable. Elle m’a appris
l’Espoir. Grâce à elle, je n’ai plus le même
rapport à la vieillesse, à commencer par la
mienne. » Un message qu’on retrouve
dans un poème, écrit sur un paquet de sucre,
qu’Yvonne glissa un jour sous le paillasson
de Michel. Poème qui commence ainsi : «
La mort n’y pensez pas, la vie est à l’écoute/de
votre coeur qui bat furtif, saccadé. »
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| Jean
Théfainer |
- « Il n’y a que toi
et les oiseaux… », de Michel
Bony. Cinquante photographies noir et
blanc et texte.
Préface de l’abbé
Pierre et lettre d’André
Chouraqui. 84 pages. Editions Ramsay,
en partenariat notamment
avec Les Petits Frères des Pauvres.
- Avant d’être réunies
en un livre, les photographes de Michel
Bony, sous le titre « Il n’y
a que toi et les
oiseaux… », ont fait l’objet
d’une exposition qui, après
Paris et Nancy, est visible jusqu’au
6 septembre à
l’hôtel « Les ateliers
de l’image » de Saint-Rémy-de-Provence,
Bouches du Rhône.
- Parce que le temps passé
auprès d’Yvonne lui «
a donné envie d’aller plus
loin », Michel Bony effectue
actuellement un travail photographique
auprès de vieux Compagnons d’Emmaüs.
Une exposition et peutêtre
un livre sont prévus.
- Par engagement personnel, Michel
Bony a effectué plusieurs voyages
humanitaires en Afrique pour y
apporter des vêtements et des médicaments.
Pour le théâtre, il projette
de monter et de jouer un texte de
Jehan rictus, après avoir adapté
à la scène en 1993 le roman
de Goethe, Les souffrances du jeune Werther.
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LA
MARSEILLAISE
6 Juillet 1998
La leçon d’humilité |
Exemplaire
démarche que celle de rené Taesch et de Michel
Bony. S’arrachant de l’humour et cheminant
avec lui, ils nous délivrent un précieux message
de confiance en l’humanité. Profil de deux
êtres à l’engagement est total.
Il existe en René Taesch une errance porteuse de lumière. Ancien SDF, il a connu les affres des regrets de la
société de consommation, n’a-t-il pas vécu et partagé dans sa chair, les souffrances et la solidarité des siens. Une
fois « sorti » du gouffre, il est retourné auprès des siens, pour les photographier avec le désir de les extirper de leur
anonymat avec la volonté farouche de leur redonner une identité digne d’un être humain. Facilité par ses liens
anciens, il a pu réintroduire ce milieu, et sa démarche par moments et soumise à l’inexplicable : « Cela ne sert plus
à rien » pouvait-il entendre de leur part. Plus fort qu’un simple témoignage, il est l’exemple vivant d’une capacité
de survie. L’art lui a servi à dépasser sa condition humaine. Si il existe un prix de l’ « engagement total », il en
serait l’unique lauréat.
Pour l’anecdote, il a été accueilli par le groupe « surface sensible » après avoir été refusé par le Festival Off. Son
travail est visible en contrebas de l’escalier, mais la véritable lecture de son cheminement s’effectue en parcourant son livre « Portait de groupe avant démolition », cosigné avec Denis Robert aux Editions Stock. L’acheter n’est
point un luxe.
Exposition du 4 au 11 juillet, 31, rue de l’Hôtel de Ville.
Dans un autre genre et avec le même bonheur Michel Bony renouvelle notre confiance pour le genre humain.
Comédien de formation et autodidacte sensible, ce jeune homme à l’allure éternelle rencontre presque par hasard sa
voisine de palier Yvonne Chevé, vieille dame digne de lumière, de leur rencontre naîtra une amitié de 10 ans et un
travail photographique d’une intensité rarement atteinte. Au travers d’un livre et d’une exposition à Saint-Rémy de
Provence, nous cheminons dans une correspondance intime où deux êtres s’apprennent l’humanité. La force de
Michel Bony réside dans sa capacité à dépasser les éternels débats sur la réalité de l’engagement photographique
envers le social et son genre humain ; il nous place dans la possibilité à notre tour d’exprimer nos humanités.
Exposition du 5 juillet au 5 septembre 1998. Hôtel Les ateliers de l’Image, 5 avenue Pasteur 13 210 Saint-Rémy de
Provence. Et son livre, « Il n’y a que toi et les oiseaux… » aux Editions Ramsay avec une préface de l’Abbé Pierre.
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Frédéric Méliani |
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ELLE
11 mai 1998
L’amour à 100 ans |
Elle avait de beaux cheveux fins et vaporeux, qu’elle ramenait parfois sous un étonnant bibi de plumes roses.
Elle écrivait des poèmes, récitait des tirades de Corneille. Elle pouvait écouter longuement le chant d’un oiseau à sa
fenêtre. Yvonne était une femme moderne. Une très vieille dame, morte en 1990, à 101 ans, aussi discrètement
qu’elle mena sa vie. Michel Bony a 22 ans quand il la rencontre. Elle, 92. Il prend alors des cours de théâtre et
s’installe dans une chambre de bonne, sur le même palier qu’Yvonne. Elle invite le jeune homme dans sa
chambrette, à l’heure sacrée du goûter : bol de thé et croissants tartinés de rillettes ! Une amitié s’écrit au fil des
jours tendres ou dramatiques. Aujourd’hui, Yvonne est l’héroïne d’un livre de sublimes et pudiques photographies,
« Il n’y a que toi et les oiseaux… » (éd. Ramsay), la phrase qu’elle aimait répéter à son ami, Michel Bony, auteur
de l’ouvrage. « Je veux faire tomber les préjugés sur la vieillesse, dit-il. Elle était merveilleuse. » D’Yvonne, il
garde beaucoup de portraits qu’il aimait prendre d’elle et, aussi, « son humour, son esprit et son sourire de bonté ».
Rien de fantastique ni de romanesque dans ce livre, mais la tolérance et de doux silences…Une simple histoire
d’amour.
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| Les
portraits d’Yvonne seront exposés
à l’hôtel Les Ateliers
de l’Image,13 210 Saint-Rémy
de Provence, du 4 juillet au 5 septembre 1998. |
Sylvia Jorif |
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LE
NOUVEL OBSERVATEUR
16/22 Avril 1998
Dans la rubrique Photo
« Il n’y a que toi et les oiseaux… » par
Michel Bony |
C’est une histoire d’amour. Lui, Michel Bony, comédien, a 22 ans à l’époque et mal à la vie. Elle, Yvonne
Chevé, en a 92. Elle habite seule depuis 1938 une chambre de 6 mètres carrés, et récite des poèmes. Ils se
retrouvent tous les jours en bon voisinage, s’épaulent. Il la photographie « parce que je l’aimais ». Ensemble, ils
ont construit une « maison e Dieu », celle qui est ancrée dans le coeur. La « petite mère » est morte en 1990, à 102
ans. Ce qui reste ? Un trésor d’images bouleversantes, noir sur blanc, qui sourient à la vie, un chant d’amour pour
une vieille dame très digne.
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| Ramsay,
84 p., 50 ill. |
R.V. |
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PHOTO
Juin 1998
La photo au service de la
dignité humaine |
« Pour que l’esprit
vive » et « Les petits frères des Pauvres
» sont deux associations complémentaires dont
la communication sociale est basée sur la
photo avec réalisation d’expositions et de
publications. Leurs bénéfices vont directement
aider les personnes âgées, handicapées, en
situations précaires. « Il n’y a que
toi et les oiseaux… » de Michel Bony,
aux Ateliers de l’Image, 5av. Pasteur,
13210 Saint-Rémy de Provence. Du 5 juillet
au 5 Septembre. L’amitié et la générosité
entre un jeune homme et une vieille dame.
Une histoire vraie, un amour simple. Le livre
est publié aux éditions Ramsay.
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AGENDA FNAC FORUM
Mars 1998
Photographie
Jeudi 26 à 18h00
Espace Rencontres Niveau-1
entre les portes Lescot et Berger
« Il n’y a que toi et les oiseaux… »
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« J’ai photographié Yvonne Chevé, avant toute chose, parce que je l’aimais… ». Rencontre avec l’Abbé Pierre
et Michel Bony, autour du livre « Il n’y a que toi et les oiseaux… » (éd. Ramsay), textes et photographies de Michel
Bony, préface de l’Abbé Pierre. La rencontre sera animée par Eric portais, journaliste à France 2.
« Avec l’art qui est le sien, la photographie, là où d’autres n’auraient vu que voisinage de hasard, se satisfaisant
de hâtifs saluts, Michel Bony a su se laisser prendre par ce qu’il faut bien appeler : aimer. Aimer – dans ce que ce
mot a de plus simple et de plus fort – une dame de quatre-vingt seize ans, solitaire et sans avoir (…) Ce qui importe,
ce qui est le tout de ces années, c’est le respect réciproque qui les a remplis. L’intuition pour chacun d’avoir des
perles à recueillir. Et, comme il en serait du pain quotidien, la fidélité des sourires de chaque nouveau matin. Fruit
de cette tendresse, ces photographies d’Yvonne sont un cinglant démenti à la parole de Mauriac « il n’y a pas de
beau vieillard ».
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| Exposition des photographies de Michel Bony du 2 au 30 Avril à Nancy (galerie du hall du Livre) et du 4
juillet au 5 septembre à Saint-Rémy de Provence (Hôtel Les Ateliers de l’Image) |
L’Abbé Pierre |
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PLEIN
JOUR
Novembre 1998
Ce jour m’a marqué
J’ai rencontré Yvonne |
Yvonne,
quatre-vingt douze ans, était sa voisine de
palier. Elle est devenue pour Michel une amie
très chère.
« Au début des année 80, j’ai quitté ma province natale pour monter à Paris. Comédien débutant, je n’avais
guère d’argent pour me loger. Un ami m’avait proposé de prendre sa place dans la chambre de bonne qu’il occupait.
« A une seule condition, me dit-il. Tu t’engages à rendre quelques services à la vieille voisine qui habites sur le
palier. »
A vrai dire, j’étais assez intrigué de rencontrer cette femme de quatre-vingt douze ans dont il m’avait souvent parlé
avec émotion. Un jour nous sommes donc allés lui rendre visite, rue de la Fontaine-au-Roi, non loin du canal SaintMartin.
Elle habitait dans une petite chambre mansardée de 6m_, qui n’avait jamais été refaite. Une multitude de
petites boîtes disparates et de vieux livres enveloppés dans du plastique tapissaient les murs.
Yvonne m’a accueilli avec chaleur. Tout de suite, j’ai lu dans son regard l’intérêt curieux et affectueux qu’elle
portait à ce jeune homme de vingt-deux ans qu’elle ne connaissait pas. Dans ce décor peu avenant, Yvonne
rayonnait. Parce qu’à l’intérieur d’elle-même, il y avait beaucoup de place.
Elle a servi du thé dans trois bols en pyrex puis m’a proposé de tartiner des rillettes sur un croissant ! Malicieuse,
elle guettait ma réaction du coin de l’oeil…Après la première bouchée, elle m’a souri, comme pour dire : « Alors ce
n’était pas si terrible ? » mais si je n’avais pas aimé ce curieux mélange, elle aurait réagi de la même façon. Yvonne
ne manifestait jamais d’aigreur, elle ne jugeait pas.
Dès lors, j’ai trouvé auprès d’elle une présence qui me mettait à l’aise. Combien de fois me suis-je assis pour parler
pendant plusieurs heures ! Quand je lui disais mon angoisse devant la fuite du temps, elle me répondait toujours :
peu importe à quel rythme vous vivrez, l’important c’est de vivre. » Elle-même avait décidé de ne pas regarder en
arrière.
Une fois seulement, elle m’a parlé des douleurs de son existence : la Guerre de14 qui lui avait enlevé son frère et
son fiancé, le décès tragique de ses parents. A trente ans, seule, elle a décidé de ne plus payer le loyer de
l’appartement familial, par révolte contre son pays qui lui avait ravi deux être chers. Elle est devenue couturière de
théâtre.
Au lieu de se refermer sur sa douleur, elle s’est totalement ouverte sur les autres. Avec elle j’éprouvais un grand
sentiment de liberté. En elle, je n’ai jamais vu sa vieillesse : mieux elle me semblait plus jeune que moi car elle
pouvait tout entendre. Loin de m’adresser des reproches négatifs, Yvonne m’a toujours aidé à me rapprocher de
moi-même. Pendant toutes ces années, j’ai accompli un immense chemin. Yvonne m’a donné le goût d’aimer,
jusqu’à sa mort à cent un ans.
Deux ans plus tard, je suis parti au Sénégal pour une expédition humanitaire avec des médicaments et 500kilos de
vêtements. J’ai donné ceux d’Yvonne à cinq femmes du village, à qui j’avais expliqué ce qu’elle était pour moi. Le
lendemain, l’une d’elle est arrivée en dansant avec les charentaises d’Yvonne. Elle ne pouvait rendre plus bel
hommage à son énergie et sa joie. Et j’imaginais le sourire qui devait illuminer le visage de ma vieille amie. »
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| Recueilli par Bruno Bouvet |
Michel Bony a raconté cette rencontre dans
un livre illustré de ses photos : « Il
n’y a que toi et les oiseaux… », 84 p.,
50 photos, préface de l’Abbé Pierre, Ramsay. |
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TÉLÉRAMA
N° 2472 - 28 mai 1997
« Il n’y a que toi et les oiseaux… », de Michel Bony
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Expo.
En 81, Michel rencontre Yvonne. Il l’apprivoise,
elle se confie. Il la photographie, elle se
laisse faire. Ils ne se quitterons plus. Album
intime.
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La vielle dame et le jeune homme
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Yvonne Chevé
naît le 21 décembre 1889, du côté des Batignolles.
Elle meurt le 28 décembre 1990. Elle a vécu
cent un ans et sept jours. 37 276 jours exactement.
Elle est enterrée au cimetière du Père-Lachaise,
pas très loin de Sarah Bernardt, de Pierre
Dac et de Simone Signoret. Son père était
un marchand de vin. Tous ceux qu’elle aimait,
Yvonne Chevé les a perdus dans son jeune âge.
Le hasard méchant lui vole sa mère d’abord,
décédée après une opération de l’appendicite.
Puis c’est le tour de son père écrasé par
un tramway. La sinistre boucherie de 1914
lui arrache et son frère et son « promis
», comme elle disait. Elle est couturière
à domicile, pas très loin du théâtre Hébertot.
Sans jamais être montée sur les planches,
du début à la fin de sa vie, elle ne cessera
de croiser et de recroiser le théâtre. Mirage
et réalité.
En 1938, n’en pouvant plus des huissiers qui
la pressent, elle quitte les Batignolles pour
s’installer dans le faubourg du Temple, au
13, rue de la Fontaine-au-Roi, où elle poursuit,
toujours seule, son petit train de couturière,
jusqu’à 70 ans. Sa chambre mesure 6m_. Pas
d’eau. Pas d’électricité. « L’important
se passe à l’intérieur », dit-elle.
Elle
y habite jusqu’en 1987, avec pour tout bagage
ses souvenirs, son étonnante capacité à rêver,
à contempler le monde sans aigreur. Et puis
encore des piles de papiers empaquetés dans
du plastique. Ses plaisirs ? Elle adore tricoter
des frisettes, elle qui a les cheveux raides.
Elle aime prendre le thé, chaque après-midi,
vers 4 heures – une habitude qu’elle a contractée
vers 16 ans, au retour d’un séjour en Angleterre.
Elle récite les grands monologues du théâtre,
et des poèmes. Elle en connaît, et des plus
beaux. Elle écoute aussi la radio.
Que saurions
nous d’Yvonne si un jeune homme ne s’était
installé, un jour de 1981, au même étage du
13, rue de la Fontaine-au-Roi ? Rien.
Le jeune homme est comédien. Il s’appelle
Michel Bony. Il a 22 ans quand il débarque
dans la vie d’Yvonne Chevé. A moins que ce
ne fût Yvonne Chevé qui ne tombât, avec la
force d’une météorite, dans la vie de Michel
Bony. Le jeune homme et la vieille dame se
sont vus. Ils se sont reconnus. Ils ne se
quitterons plus. « Il n’y a que toi et
les oiseaux… », disait Yvonne à Michel.
A-t-on jamais entendu plus belle déclaration
?
Quand ils ne se voient pas – ce qui est rare
–, ils s’écrivent dans un carnet qui voyage
d’une chambre à l’autre. La vie qui va, des
recettes de cuisine, les projets de théâtre
de Michel, les pertinentes remarques d’Yvonne,
tout s’y mélange sans ordre apparent. Articles
de presse compris. Entre eux la différence
d’âge est abolie. La vieille dame et le jeune
homme s’aiment comme frère et soeur. Il n’y
a rien d’autre à chercher que cet amour simple.
« On avait envie de se donner du temps
l’un l’autre », dit Michel Bony.
Peu à peu, le jeune homme prend plaisir à
photographier la vieille dame. « C’était
tellement beau ce que nous vivions. » « Comment
peux-tu photographier une vieille femme comme
moi ? » Plusieurs fois, la question revient
dans la bouche d’Yvonne. Elle se laisse faire
quand même. Elle ne pose pas. Ils s’amusent
d’un rien, chapeau de mariée, oiseau à plumes
synthétiques ou paire de lunettes sans verres.
C’est un jeu. Une nouvelle façon d’être ensemble
qu’ils ont inventée. « à travers les photos,
Yvonne apprenait quelque chose d’elle-même.
»
Un jour, le jeune homme quitte sa petite
chambre pour un quatre pièce dans la rue Amelot.
Les ennuis de santé faisant, il ne se passe
guère de temps avant qu’Yvonne ne soit accueillie
dans l’appartement qu’occupent maintenant
Michel et son amie.
De cet instant, ils se tutoient. Michel continue
de prendre des photos. Yvonne lui écrit parfois
des poèmes. Elle y glisse les conseils d’une
femme de son âge à un garçon de cet âge. Prudence,
par exemple. « tenez bien votre coeur,
ne le gaspillez pas, sinon vous ne pourriez
un jour que tout gâter. »
Un jour de 1990, elle meurt entre Noël et
le nouvel an. Deux ans plus tard, Michel embarque
à bord du Yakasse, pour le Sénégal, avec cinq
cents kilos de médicaments et de vêtements.
Dont ceux d’Yvonne. Dans le village, les femmes
ont dit : « Que la terre te soit légère,
Yvonne… »
Cinq années se sont écoulées depuis. «
Elle m’a éduqué le coeur. Elle m’a appris
à rire. Yvonne était une vieille dame heureuse.
» Que la terre vous soit légère, Yvonne.
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| Daniel Conrod |
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Ils n’etaient pas des saints, et pourtant… |
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Il n'y a que toi et les oiseaux… |
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